Chez Parenthèse, la proximité prend tout son sens

Publié le 11 juin 2020

Voilà 10 ans qu’Odile Couvrant a ouvert Parenthèse rue Léon-Blum. Une boutique de prêt-à-porter milieu de gamme où les clientes ont leurs habitudes. C’est une enseigne indépendante : on ne vient pas que pour acheter. On profite bien sûr des conseils, mais on entre parfois simplement parce que la porte est ouverte et que c’est agréable de bavarder.

L’habillement n’étant pas considéré comme une première nécessité, Odile Couvrant est contrainte de fermer Parenthèse mi-mars. Très vite, elle apprend des nouvelles bien plus mauvaises : « J’ai perdu deux clientes, Françoise et Jacqueline, à qui j’aimerais rendre hommage. J’ai appris le premier décès un dimanche en allant à la boulangerie. Ça m’a fait quelque chose ! Françoise venait des fois juste pour parler. Jacqueline, elle, formait un super couple avec son mari. Lorsqu’elle n’en avait plus la possibilité, Monsieur venait pour elle ! » Pendant le confinement, trop de Phalempinoises et de Phalempinois nous ont quittés sans pouvoir recevoir les hommages habituels. Un autre drame du coronavirus.

Le défilé d’anniversaire reporté

Au mois de mars, Odile Couvrant devait célébrer les 10 ans de la boutique lors d’un défilé de mode à la salle Paul-Hémery, tel que cela avait été fait en 2018. Ce n’est que partie remise. En attendant, elle reste très satisfaite de son installation dans la commune. « Je suis vraiment bien ici, poursuit la commerçante. Je suis très contente de la clientèle que j’ai. » N’ayant pas de site internet, Odile n’a pas proposé de vente en ligne pendant le confinement. « J’ai quand même beaucoup communiqué via la page facebook de Parenthèse, et j’ai eu beaucoup de clientes au téléphone. Les commerces de proximité peuvent certes rencontrer des difficultés, mais on a un lien particulier avec la clientèle. »

Odile l’avoue volontiers, le confinement lui a permis de se reposer un peu, « même s’il y a eu des moments de lassitude ». Elle salue le travail de la municipalité et du maire Thierry Lazaro : « Franchement chapeau ! Je fais partie d’un groupe de détaillants où on s’échange des infos. Pas beaucoup de mairies sont restées en contact avec les commerçants de cette façon ! Il y a eu aussi le fonds de solidarité de la Communauté de Communes Pévèle-Carembault, les reports de l’URSAF et mon comptable qui a été extra… »

Les gestes barrières

Odile a publié sur la page facebook de son commerce une vidéo dans laquelle tous les gestes barrières qu’elle applique sont expliqués. « J’essaie de laisser la porte ouverte quand le climat le permet et quand les clientes n’ont pas de masque, je peux en donner. Il est obligatoire pour éviter les postillons. Il y a aussi des petits chaussons jetables à enfiler pour aller en cabine. Tous les vêtements essayés sont mis en quarantaine, et le rideau est passé au défroisseur vapeur. Lorsque la cliente part, le comptoir et l’appareil pour carte bancaire sont nettoyés…  C’est parfois anxiogène car on a peur d’oublier une étape ! » Jusqu’à 3 personnes sont autorisées dans le magasin, en plus d’Odile. « Mais depuis l’ouverture, je n’ai pas eu à demander à quelqu’un de ne pas entrer. C’est bien car ce serait difficile à dire. » Par ailleurs, des rendez-vous sont possibles le lundi, jour de fermeture de la boutique.

Lors de la première semaine d’ouverture, Parenthèse a connu des jours très calmes et des jours où plusieurs clientes venaient. « On ne sait pas trop se projeter pour le moment », poursuit Odile, qui indique avoir « de nouvelles clientes. C’est sans doute parce que c’est une petite boutique rassurante avec de beaux produits ». Aussi, Odile Couvrant note que comme plusieurs clientes n’ont pas dépensé pendant le confinement, « elles repartent avec un plus gros panier, se font plaisir ». Quant à l’avenir, « on ne sait pas trop pour le moment ».

Report des soldes

Les détaillants ont accepté, sinon proposé, le report du paiement des marchandises. « On travaille surtout par collections, qu’on commande 6/8 mois à l’avance, explique Odile. Au 15 mars j’avais reçu toute la collection printemps. La collection été est arrivée le 11 mai… » La collection printemps peut rencontrer le succès si les températures restent fraiches, ou si les clientes mettent les articles de côté pour l’année prochaine. Si l’été est chaud, il faudra cette fois ajuster en se faisant fournir des matières plus adaptées, comme le lin, en conservant la bonne avance. Tout un métier !

Les indépendants n’ont de fait pas la possibilité de se précipiter dans les soldes. « Nos détaillants sont d’accord, on ne peut plus travailler comme ça et suivre les grandes enseignes. » Pour Odile, ce n’est donc pas maintenant que la situation est à craindre pour les petites boutiques, « mais dans 6/8 mois. D’autant que l’on n’a pas payé les marchandises suffisamment tôt aux fournisseurs pour qu’ils puissent mettre en place les nouvelles collections ».

En attendant, Parenthèse pourrait rester ouverte tout l’été. « Habituellement je ferme 3 semaines en août mais cette année, tant que je travaille, je reste. Reprendre la boutique après toute cette période, ça booste. »